Un retour sur Celle qui reste

Crédit photo : Sean Basquill

Depuis le début du confinement généralisé, je me suis remise à écrire un peu. Parmi les choses que j’ai pondues, il y a un essai intitulé « Celle qui reste », paru ces jours-ci aux Éditions Prise de parole dans le collectif En cas d’incendie, prière de ne pas sauver ce livre qu’a dirigé Catherine Voyer-Léger.

Quand on m’a proposé de mettre en mots ma panique devant l’urgence climatique, j’ai tout de suite pensé à toutes ces années que j’ai passées à me faire du souci pour un certain botaniste, à attendre le coup de fil ou le texto m’annonçant qu’il avait survécu à sa journée. (Qu’il n’était pas tombé dans un trou, n’avait pas dérapé dans un ravin, ne s’était pas fait frapper par la foudre. Elle était là, très concrète, mon angoisse.)

Mon mari a longtemps gagné sa vie en se mettant dans des postures pas possibles au service de la science. Pendant une quinzaine d’années, il a traîné ses bottes sur des kilomètres sans fin et dans toutes les conditions météorologiques imaginables, à décrire l’état de la végétation à des fins de conservation et de gestion des ressources naturelles.

Comme je souhaitais offrir un témoignage au « je », j’ai décidé de parler de que m’avait coûté l’effort incroyable de mon mari pendant toutes ces années où il a été absent. En adoptant cette approche, je m’inscrivais comme sujet dans l’histoire complexe des efforts déployés pour réagir à l’urgence climatique. Et en exposant les fissures de notre relation comme je l’ai fait, j’ai voulu montrer concrètement à quoi renoncent celles et ceux qui offrent leur temps et leur savoir-faire au service de la protection de l’environnement. Dans le cas de David, il a dû s’absenter beaucoup et m’a laissé veiller seule sur nos enfants. À la longue, c’est devenu lourd.

Aujourd’hui, mon botaniste passe le plus clair de son temps à la maison. Il y a un peu plus d’un an, il a renoncé à son poste d’intrépide explorateur à la faveur d’un emploi dans un parc national qu’il porte dans son cœur depuis qu’il est tout petit. Le terrain qu’il explore se résume officiellement à 239 kilomètres carrés, et j’ai l’impression qu’il regrette par moments de ne plus rayonner beaucoup plus loin.

Ce texte, je n’aurais pas pu l’écrire avant cette année. Par manque de temps, sûrement, mais aussi parce que David l’aurait sans doute vécu comme un acte d’accusation, ce qu’il n’était pas du tout mon intention. Au contraire, j’ai beaucoup d’admiration et de respect pour le travail exigeant qu’il a fait, qu’il continue de faire. Celle qui reste, c’est une lettre d’amour à lui, à son métier, à toutes ces espèces végétales fragilisées qu’il persiste à vouloir faire rester parmi nous.

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